"Platon et la tradition de l'historia peri physeôs"
L'invention
de la nature
Notre capacité à identifier le type de
savoir que Platon nomme une « enquête sur la nature » repose en
grande partie sur la possibilité qui nous est offerte de trouver une hypothèse
plausible sur le sens du terme phusis dans cette formule, ce qui suppose
probablement de disposer d'un scénario cohérent sur l'histoire du terme et
l'articulation de la diversité de ses sens - s'il y en a bien une diversité
aussi grande que semble le supposer la variété des hypothèses qui ont été
faites sur ce point depuis la seconde moitié du XIXe siècle, par
exemple depuis l'interprétation de Burnet, qui assignait à l'usage
présocratique du terme le sens de réalité matérielle fondamentale [1]. Si l'on
considère la diversité des définitions proposées depuis lors [2],
pouvons-nous établir le sens qui nous permette de comprendre pourquoi Platon
appelle historia peri phuseôs un savoir ayant pour objet « les
causes de chaque chose (τὰς αἰτίας
ἑκάστου), ce par quoi chaque chose vient à
l'être (διὰ τί γίγνεται
ἕκαστον), ce par quoi elle périt et ce par
quoi elle existe (διὰ τί ἀπόλλυται
καὶ διὰ τί ἔστι) » [3]?
Pouvons-nous nous faire une idée du moment historique où une telle acception a
pu se faire jour ?
En lisant ces lignes de Platon, il est
difficile de ne pas entendre la phusis de l'historia peri
phuseôs comme l'origine d'où la chose vient à être, ou le processus qui,
depuis son origine, mène à ce que la chose est. Pour ce faire, il faut
attribuer au suffixe -σις une valeur
verbale, active, processuelle : la nature est le mouvement même de la venue à
l'existence, ou le point de départ d'un tel mouvement, sa source, sa cause.
C'est une idée que le passage des Lois consacré à « ceux qui ont
pris part à des recherches sur la nature (τῶν
περὶ φύσεως ἐφήψαντο
ζητημάτων) » [4] semble
confirmer. Il y a des chances, affirme en effet l'Etranger d'Athènes, que ces
gens estiment que le feu, l'eau, la terre et l'air, « sont les premières
de toutes les choses (πρῶτα...τῶν
πάντων εἶναι) »,
et que ce soient « ces choses là qu'ils appellent 'nature', tandis que
l'âme en provient ultérieurement (καὶ τὴν
φύσιν ὀνομάζειν
ταῦτα αὐτά, ψυχὴν
δὲ ἐκ τούτων ὕστερον) » [5]. Il
semble bien que les éléments puissent être dits « nature » au sens où
ils sont la nature de l'âme, c'est-à-dire ce à partir de quoi elle vient à
être. Les choses qui sont à l'origine d'un tel mouvement méritent de porter ce
titre. Mais la causalité dont il est question s'atteste néanmoins comme une
causalité continuée : sont « nature » aussi bien les éléments qui
sont responsables de la genèse d'une nouvelle réalité que le mouvement même de
cette venue à l'existence. Ainsi, au début de ce même passage sur les doctrines
préplatoniciennes, l'Etranger présente ces écrits impies qui exposent
« comment s'est produite la première génération du ciel et des autres
choses (ὡς γέγονεν ἡ
πρώτη φύσις οὐρανοῦ
τῶν τε ἄλλων) » [6]. La
φύσις est ici purement et simplement
γένεσις, ce qui est suffisamment rare en
grec ancien pour être noté - nous allons y revenir. Ces deux sens associés dans
le texte des Lois, à savoir celui de source de la génération ou de
génération, semblent compatibles avec l'approche du Phédon selon
laquelle l'enquête sur la nature permet de « s'occuper de manière
approfondie
(διαπραγματεύσασθαι)
et globale (ὅλως) de la cause de la génération et de la
corruption (περὶ
γενέσεως καὶ
φθορᾶς τὴν αἰτίαν) » [7], en
considérant cette causalité d'une manière large, dans son point de départ comme
dans le processus qui mène à la chose actuelle, en rendant ainsi compte de ses
propriétés. Cette interprétation est relativement courante pour le texte
platonicien, et elle a été bien argumentée [8].
La question est de savoir quelle portée
historique nous pouvons donner à tel usage de « φύσις ».
Car, comme cela a été remarqué depuis longtemps, l'usage que Platon fait du
terme est tout à fait exceptionnel. Il faut à cet égard considérer avec une
grande prudence la tentation, présente chez de nombreux auteurs, de considérer
la possibilité d'entendre le substantif phusis comme actio verbi un
fait originaire, et d'affirmer par suite, au vu des présents textes, que
le terme aurait « toujours gardé sa force verbale originelle » [9].
Peut-être faut-il sur ces matières prendre en compte le point de vue
minutieusement proposé par Harald Patzer dans sa thèse d'habilitation, achevée
au retour de guerre de l'auteur, en 1945, mais seulement publiée en 1993 [10]. La
subtilité de Patzer consiste notamment dans la double affirmation qu'il faut
d'une part en effet retracer l'histoire du terme à partir de l'intuition originaire
présente dans la racine phu-, ce qu'il reproche à la génération d'études
anglo-saxonnes du début du siècle de n'avoir pas suffisamment fait, et que
d'autre part cela n'implique en aucune manière
de faire résonner tous les sens originaires dans les sens dérivés.
Patzer détermine donc le « domaine originel » (Urbereich) de
l'usage du verbe, dans sa forme active comme dans sa forme médio-passive :
comme en témoignent déjà les emplois homériques, ce sont les plantes dont phuô
dit la croissance et la floraison, tandis que l'animaux sont plutôt engendrés -
il semble ainsi que les deux racines, phu- et gen- se soient
spécialisées en grec, l'une pour les plantes, l'autre pour les animaux, comme
en témoigne encore le fragment B2 de Diogène d'Apollonie, qui affirme que sans
mélange rien ne serait, ni plantes ni animaux : οὐδ' ἂν
οὔτε φυτὸν ἐκ τῆς
γῆς φῦναι οὔτε
ζῶιον οὔτε ἄλλο
γενέσθαι οὐδέν [11]. Patzer
note en revanche que φύσις et φυή ne
signifient jamais, dans la littérature grecque d'Homère à l'époque classique,
l'actio verbi. C'est seulement à une date tardive et dans des contextes
très particuliers que la possibilité de faire porter une signification verbale
au suffixe -σις dans
φύσις s'est faite jour : ce serait arrivé chez les
philosophes, plus précisément dans le deuxième tiers du Ve siècle
lorsqu' Empédocle, si l'on en croit le fragment DKB9, nie qu'il y ait une
génération véritable, une « φύσις » des
êtres, mais seulement une composition par mélange de corps préexistants [12]. Chez Platon
et Aristote, qui sont les deux seuls auteurs à notre connaissance à prolonger
cet usage, il est du reste frappant que les passages concernés s'accompagnent
d'une justification ou d'une explication de cet usage linguistique, comme s'il
n'allait pas tout à fait de soi dans la langue habituelle.
Le passage platonicien des Lois
que nous avons examiné n'emploie en effet le terme φύσις pour qualifier les éléments
qu'en recourant, comme nous l'avons vu, à une explication d'une telle
nomination (ὀνομάζειν)
de la part de ceux qui le font. Ce passage produit du reste une
contextualisation très forte du phénomène : l'Etranger
d'Athènes dénonce les nouveautés scandaleuses qui passent pour le fin du fin à
Athènes et Platon rapporte ainsi l'« enquête sur la nature » au sens
de nature « naturante » à son contexte historique spécifique, à la
modernité impie de ce cinquième siècle Athénien où Socrate fût jeune homme. Si
l'on consulte encore le témoignage Aristotélicien où
φύσις en vient à désigner un processus de génération,
il est frappant qu'il manifeste lui aussi la nécessité de justifier cet usage,
et ce d'une manière quelque peu volontariste : en donnant, dans son chapitre du
livre Δ de la Métaphysique, comme
premier sens du terme φύσις, « la
génération des choses qui croissent (ἡ τῶν
φυομένων
γένεσις) », le Stagirite ajoute en
effet immédiatement : « comme si on allongeait le u (οἷον
εἴ τις ἐπεκτείνας
λέγοι τὸ υ) » [13]. Les
commentateurs de ce texte, à commencer par Ross, ont noté l'étrangeté du geste
aristotélicien, qui place en première signification, et par là laisse entendre
le caractère éventuellement courant d'un usage qui n'est pas attesté hors de la
langue philosophique, et qui ne l'est pas avant le fragment mentionné
d'Empédocle [14]. Aristote joue ici avec le mot, avec la
longueur de ses voyelles, pour y faire résonner ce qui ne s'y présente pas le
plus naturellement dans l'usage courant. Pourquoi ferait-il cela ? Il se
pourrait qu'il ait ses propres raisons de tenir à faire passer pour naturelle,
si l'on ose dire, une opération philosophique sur la nature en provenance du
siècle précédent, de ce moment auquel se réfère l'Etranger d'Athènes - cette
opération qui a donc consisté à faire de la nature un processus et une origine.
Notre propos ne serait dès lors pas de
contester que cette opération ait bien eu lieu et que φύσις,
dans les textes spécifiques d'Empédocle, de Platon et d'Aristote que nous avons
cités, aient bien signifié le principe de la génération et la génération
elle-même. Il s'agirait au contraire de rendre compte de ce geste philosophique
dans sa singularité historique. Pour ce faire, il faudrait le restituer au
contexte d'une histoire plus longue dans laquelle la nature signifiait autre
chose. On pourrait alors suivre la piste ouverte par Joseph Souilhé [15], qui
montrait l'épanouissement, chez les médecins et les sophistes, d'une
représentation de la phusis comme fondement de la puissance de chaque
chose, c'est-à-dire comme ensemble de caractéristiques individuelles qui
déterminent la capacité d'agir et de pâtir d'une chose - quels effets elle est
capable de subir et lesquels elle est capable de produire. Or une telle idée
semble manifester une plus grande continuité que celle de la
nature-origine-processus avec les sens les plus anciens de
φύσις, par exemple avec l'occurrence homérique où Hermès apprend à Ulysse à
reconnaître une plante à ses caractéristiques distinctives, la blancheur de sa
fleur, la noirceur de sa racine, la difficulté qu'il y a pour un mortel à
l'arracher, et, surtout son nom divin [16]
- la nature comme délimitation de la puissance de faire et de subir pouvant dès
lors s'inscrire dans le prolongement et l'approfondissement d'une compréhension
archaïque de la nature comme ensemble de caractéristiques distinctives.
Dès lors, il faudrait repenser le moment d'apparition de
l'enquête sur la nature dont parle Platon dans le Phédon et dans les Lois
comme celui d'une tentative de produire une relation originale entre deux
formes de nature, la nature-puissance et la nature-origine. Socrate, dans le Phédon,
réintroduit du reste la nature-puissance au cour de l'enquête sur la nature,
lorsqu'il en vient à chercher auprès d'Anaxagore un recours contre
les limites propres à l'historia. L'esprit ordonnateur d'Anaxagore,
disposant chaque chose de la meilleure manière possible, aurait pu permettre de
donner une réponse à ceux qui cherchent la cause de la génération et de la
corruption, mais à condition de commencer par une autre question : « si
donc on voulait découvrir pour chaque chose ce qui explique la façon dont elle vient
à être, périt, existe (εἰ οὖν τις
βούλοιτο τὴν αἰτίαν
εὑρεῖν περὶ ἑκάστου
ὅπῃ γίγνεται ἢ ἀπόλλυται
ἢ ἔστι), alors ce qu'il faut découvrir à son sujet
(τοῦτο δεῖν περὶ
αὐτοῦ εὑρεῖν), c'est
de quelle façon il est meilleur pour elle (ὅπῃ
βέλτιστον αὐτῷ
ἐστιν), ou d'exister ou de subir et faire quoi que ce
soit (ἢ εἶναι ἢ ἄλλο
ὁτιοῦν
πάσχειν ἢ ποιεῖν) [17]. Voilà
une nouvelle description : un savoir concernant la capacité d'une chose à
produire et à subir des effets, qu'il faudrait aussi découvrir si on voulait
pouvoir répondre à la question de savoir comment chaque chose vient à
l'existence. Tout se passe comme si Socrate espérait qu'Anaxagore, en cela
antidote aux explications de l'enquête sur la nature, soumette de nouveau la
nature-processus à la nature-puissance. C'est bien qu'au contraire le programme
de l'enquête sur la nature correspondait à un moment où l'on ait voulu
soumettre la saisie de la nature des choses à celle des processus par lesquels
chaque chose en vient à développer une telle nature. L'enquête sur la nature
serait apparue comme une volonté de faire de la nature propre de chaque chose
(au sens de son essence, de l'ensemble de propriétés caractéristiques qui
rendent compte de son comportement) quelque chose qui soit le fruit d'une
genèse, d'une maturation qui permet de rendre compte de cette nature. Ce serait
là un programme physique au sens de celui dont Aristote héritera : celui d'une
science qui veut penser la nature comme genèse qui mène à la nature [18]. La
nature propre de toute chose, héritée d'Homère, serait ce jour-là devenue le
fruit d'une genèse tirée du modèle végétal - car en faisant résonner la force verbale dans le substantif,
les auteurs auxquels Platon emprunte cet usage n'en venaient-ils pas en quelque
sorte à étendre à toutes choses le mode d'être des plantes ? Empédocle, avec
ses éléments-racines, pourrait être un sérieux suspect dans cette affaire.
Pourquoi
la génération d'Empédocle et d'Anaxagore, celle précisément qui devait nourrir
le Ve siècle athénien, aurait-elle travailler à cette greffe d'une
nature sur l'autre ? Pour répondre à cette question il faudrait peut-être se
tourner vers Parménide, auquel il semble que ces auteurs aient tenu à répondre.
L'Éléate n'aurait-il pas commencé à associer dans la même perspective
épistémologique la possibilité de connaître la nature de chaque chose, par
exemple de connaître cette nature qui se manifeste dans des effets, des
« actions (ἔργα) » et des « signes
( σήματα) », et celle d'apprendre d'où
une chose est née (ἔνθεν ἔφυ) - comme
si les mortels dans leur folie nourrissait l'espoir que cette genèse permette
d'en mieux connaître les propriétés et les effets [19]?
Est-ce à dire que le fait de renvoyer la nature des choses que nous voyons et
que nous touchons, la nature des plantes à fleur blanche et à racine noir, à
leur genèse, aurait pu être une stratégie propre à une pensée qui s'était donné
pour but de rejeter la possibilité de connaître ces choses mêmes ? Dans ce cas,
il faudrait envisager que l'enquête sur la nature, en développant le programme
d'une genèse des natures des choses, se soient précipitée dans le piège tendu
par Parménide. C'est probablement une
idée que Platon ne rejetterait pas : peut-être pourrait-on même penser le
projet platonicien comme une tentative de retrouver l'indépendance de la nature
- en libérant la nature des choses de son allégeance au devenir processuel et
en soumettant plutôt celui-ci à celle-là.
Une
dernière question pour finir. Si l'enquête sur la nature s'avérait donc
consister dans ce projet de soumettre la nature des choses à la genèse
naturelle, à faire des essences des choses (au sens de ce qui délimite leurs
propriétés et leurs effets) les fruits de leur croissance, pourrait-on aussi
identifier ce moment historique comme celui où commença à faire de la nature un
ensemble de choses que l'on puisse désormais opposer par exemple aux
choses techniques ou conventionnelle [20] ? Et
s'il avait fallu que la nature devint une origine, ou une causalité, afin
qu'elle puisse aussi devenir un domaine - celui des choses issues de cette
causalité par rapport à toutes celles qui proviennent d'autres sources ? Voici
l'ultime question qui achèverait de faire du moment d'invention de l'enquête
sur la nature, à l'époque où Socrate était jeune homme, un moment singulier et
déterminant de notre histoire.
Besançon, le 11 janvier 2010.
[1] Les études anglo-saxonnes du début du
vingtième siècle témoignent du débat suscité par l'hypothèse de Burnet, voyez
par exemple Lovejoy ("The Meaning of Φυσις in the
Greek Physiologers," The Philosophical
Review 18, no. 4 (Juillet 1909): 369-383) et Heidel ("Πϵρὶ
Φύσϵωϛ. A Study of the Conception of Nature
among the Pre-Socratics," Proceedings of
the American Academy of Arts and Sciences 45, no. 4 (Janvier 1910):
79-133), puis, un peu plus tard, l'ouvrage de Beardslee (The Use of ΦΥΣΙΣ in fifth-century Greek
literature, Chicago: The University of Chicago press, 1918) et l'étude de
Veazie (« The meaning of ΦΥΣΙΣ
in early greek philosophy, in Studies in the History of Ideas, 1918,
p. 27 sq.). On en trouve encore la trace plus tardive hors du champ spécifique
des études anciennes, chez Collingwood, qui, dans son Idea of nature (O.U.P,
1945), rappelle bien qu'il ne faut pas entendre, tout au moins avant le Ve
siècle, peut-être avant Gorgias et son titre peri tou me ontos, ê peri
phuseos, le terme nature au sens où nous le faisons dans les langues
modernes, c'est-à-dire au sens collectif de l'ensemble des choses qui composent
le monde naturel. La phusis au sens originel, ajoute-t-il, est plutôt
quelque chose d'interne à chaque chose ou qui lui appartient intimement et qui
en explique les propriétés et le comportement (voyez p. 43-44 du texte
original). Dans cette perspective, il faut dire que Burnet n'est coupable que
d'avoir pris l'espèce pour le genre : il se trouve que pour les milésiens, le
principe intime de chaque chose était sa matière, sa substance primitive, ce
qui a conduit Burnet à penser que c'était cela le sens du terme - mais pour les
Milésiens eux-mêmes, le mot signifie plus généralement ce principe propre à
chaque chose (voir p. 47-48).
[2] On peut se reporter sur ce point à la
synthèse que constitue le premier chapitre de l'ouvrage déjà cité de Gérard
Naddaf. Voir aussi Le concept de nature
chez les présocratiques, trad. Benoît Castelnérac, Philosophies antiques
(Paris), Klincksieck, 2008).
[3] Phaed., 96a8-10.
[4] Leg. X 891c8-9.
[5] Leg. X 891c2-4.
[6] Leg. X 886c2-3.
[7] Ibid. 95a9-96a1.
[8] Sur ce point voyez à nouveau à la
synthèse de Gérard Naddaf (1992).
[9] Je cite Heinimann lorsqu'il déclare : «
Das Substantiv φύσις hat seine ursprüngliche
verbale Kraft als 'Werden', 'Wachsen' immer beibehalten », p. 89 de Nomos und Physis : Herkunft und Bedeutung
einer Antithese im griechischen Denken des 5. Jahrhunderts, (Schweizerische
Beiträge zur Altertumswissenschaft ; Heft 1) (Basel: F. Reinhardt, 1945).
Heinimann s'appuie à son tour sur Diller (p. 242 et suivantes), Deichgräber,
Antike 15 (1939), p. 116 sq., et Nestle, Hippocratica, p. 8 sq.
[10] Physis : Grundlegung
zu einer Geschichte des Wortes, Sitzungsbericht der
Wissenschaftlichen Gesellschaft an der Johann-Wolfgang-Goethe-Universität
Frankfurt am Main, 30, 6 (Wiesbaden: F. Steiner, 1993).
[11] DK 64 B 2 9-11 = DIOG. IX 57 [s. A 1. 2].
[12] « Ein vorgreifender Blick auf die Bedeutungsvielfalt
von φύσις (und φυή) bemerkt zunächst
einen durchgreifenden Mangel. Φύσις
und φυή bezeichnen niemals die actio verbi, weder aktiv
noch medial. Sie meinen nicht den Vorgang des Treibens
(φύειν) oder Sprossens (φύεσθαι). Für
φύσις in der Bedeutung der actio verbi gibt es
im ganzen innerhalb der Zeit des lebendigen Griechisch bis Aristoteles, die
hier allein im Blick liegt, nur drei Zeugnisse, deren nähere Betrachtung sie
aber für die Gewinnung des in der Sprache selbst gewachsenen und von ihr
dargebotenen Wortgebrauchs verdächtig macht. Zwei der Zeugnisse geben sich
deutlich nicht im Zusammenhang unbeobachteter Rede, sondern philosophischer
Überlegung über Bennenungen. Die beiden Autoren (Empedokles und Aristoteles),
die die Bedeutung der actio verbi vertreten, gehören einer
verhältnismäßig späten Sprachstufe an, in der -σις sich als
Suffix für die actio verbi gerade (Empedokles) oder längst verfestigt hat
(Aristoteles) », op. cit., p. 249.
[13] Métaphysique Δ 1014b16-17.
[14] Ce fragment ne semble pas du reste s'imposer avec tant
d'évidence à Aristote lui-même, puisque dans la suite de ce même chapitre,
Aristote le cite comme un exemple de passage où φύσις
veut dire réalité - alors même qu'il le cite dans le traité De la Génération
et de la Corruption avec un sens qui semble cette fois-ci être celui de la
génération. L'évidence de ce premier sens semble donc être intermittente pour
le Stagirite lui-même. Comparez Métaphysique Δ 1014b35- 1015a3
(ἔτι δ' ἄλλον
τρόπον λέγεται
ἡ φύσις ἡ τῶν
φύσει ὄντων
οὐσία, οἷον οἱ
λέγοντες τὴν
φύσιν εἶναι
τὴν πρώτην
σύνθεσιν, ἢ
ὥσπερ
Ἐμπεδοκλῆς
λέγει ὅτι
"φύσις οὐδενὸς
ἔστιν ἐόντων, |
ἀλλὰ μόνον
μῖξίς τε
διάλλαξίς τε
μιγέντων | ἔστι,
φύσις δ' ἐπὶ
τοῖς
ὀνομάζεται
ἀνθρώποισιν") et De
Gen. et Corr. 315B5-8
(συνιόντων γὰρ
καὶ
διαλυομένων ἡ
γένεσις συμβαίνει
καὶ ἡ φθορά. Διὸ
λέγει τοῦτον
τὸν τρόπον καὶ
Ἐμπεδοκλῆς,
ὅτι «φύσις
οὐδενός ἐστιν,
... ἀλλὰ μόνον
μίξις τε
διάλλαξίς τε
μιγέντων.»).
[15] Etude sur le terme Dunamis dans les
dialogues de Platon, Paris, F. Alcan, 1919.
[16] Voir par exemple sur ce texte Jenny Clay, "The Planktai and
Moly: Divine Naming and Knowing in Homer," Hermes
100, no. 2 (1972): 127-131
[17] 97c6-d1.
[18] Aristote, Physique II, 1,
193b12-13 : ἔτι δ' ἡ
φύσις ἡ
λεγομένη ὡς
γένεσις ὁδός ἐστιν
εἰς φύσιν.
[19] Voyez
le Fragment 10.9-15.
[20] Heinimann suit précisément le développement,
dans ce même milieu de Ve siècle, de l'opposition nomos/phusis. Voir
Felix Heinimann, Nomos und Physis :
Herkunft und Bedeutung einer Antithese im griechischen Denken des 5.
Jahrhunderts, (Schweizerische Beiträge zur Altertumswissenschaft ; Heft 1)
(Basel: F. Reinhardt, 1945).
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